« Couteaux interdits » en Allemagne : il suffisait donc de mettre un panneau ?
« COUTEAUX INTERDITS » :
IL SUFFISAIT DONC
DE METTRE UN PANNEAU !
Dans les centres d'hébergement pour demandeurs d'asile, les affiches multilingues ne suffisent plus. Un ministre allemand réclame désormais des policiers en uniforme. Et si l'on commençait aussi par protéger ceux qui travaillent sur place ?
Il fallait y penser. Pour empêcher les agressions au couteau, des panneaux indiquent dans plusieurs langues que les couteaux sont interdits. Mais Herbert Reul, ministre de l'Intérieur de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, vient de reconnaître publiquement les limites de cette méthode. Une évidence qui semble pourtant avoir échappé à certains responsables : une interdiction affichée n'est pas une protection.
VERBOTEN INTERDICTION DE PORTER DES COUTEAUX
Un panneau ne fait pas régner l'ordre
Dans un entretien accordé au magazine Die Zeit, Herbert Reul explique que des panneaux « Couteaux interdits » sont installés dans les centres d'hébergement, dans différentes langues.
Mais le ministre ne se fait guère d'illusions sur leur efficacité. Il estime que les résidents doivent comprendre que le monopole de la violence appartient à l'État allemand et que même les petits incidents doivent être sanctionnés.
Un policier pour faire respecter.
Et entre les deux, qui protège les salariés ?
Des policiers, oui. Mais qu'en est-il du personnel ?
Herbert Reul souhaite désormais que des policiers en uniforme soient déployés dans les centres d'hébergement. Une présence destinée à renforcer l'autorité de l'État et à prévenir les débordements.
Cette proposition pose néanmoins une autre question : que fait-on des agents de sécurité, travailleurs sociaux, personnels administratifs et responsables qui travaillent quotidiennement dans ces établissements ?
Ces professionnels ne sont pas des policiers. Ils ne sont pas non plus censés devoir accepter de travailler sans protection face à des risques d'agression physique.
La naïveté n'est pas une politique de sécurité
Le ministre évoque également les statistiques qu'il a fait établir sur les agressions au couteau. Selon les propos rapportés, les auteurs seraient le plus souvent allemands dans les faits commis au domicile, tandis que les agressions dans la rue impliqueraient fréquemment des réfugiés. L'article ne donne toutefois pas les chiffres détaillés permettant de vérifier cette répartition.
Le sujet mérite donc d'être abordé sans tabou, mais aussi sans généralisation : la nationalité ou le statut migratoire ne saurait exonérer quiconque de sa responsabilité individuelle. Les actes violents doivent être constatés, poursuivis et sanctionnés, quels que soient leurs auteurs.
L'accueil et la solidarité ne peuvent pas se faire au détriment de la sécurité des personnels et des autres résidents. Fermer les yeux sur les comportements dangereux, par peur de déranger ou de nommer les difficultés, n'est pas une politique de prévention.
La fermeté ne se décrète pas sur une affiche
Le ministre allemand souhaite également que les auteurs âgés de 18 à 21 ans soient plus souvent jugés selon le droit pénal des adultes. Il s'inquiète par ailleurs de la difficulté pour les jeunes policiers de travailler durablement dans certains quartiers difficiles.
Son message est clair : les règles doivent être respectées et les infractions sanctionnées. Mais la sécurité doit aussi se traduire par des moyens concrets sur le terrain.
Et si l'on passait enfin de l'affichage à la protection ?
Interdire les couteaux est une mesure élémentaire. Sanctionner les agressions est indispensable. Déployer des policiers peut être nécessaire.
Mais protéger les personnes qui travaillent dans ces établissements devrait être tout aussi évident. Des vêtements anti-couteau adaptés, une présence policière effective et une réponse pénale cohérente : voilà des mesures qui méritent mieux qu'une simple affiche sur un mur.
Parce qu'un panneau peut interdire un couteau. Il ne peut pas arrêter une lame.
WELT, 5 novembre 2026 — Entretien et déclarations d'Herbert Reul.
Entretien accordé au magazine Die Zeit.