Violences intrafamiliales : se préparer avant que la violence n’éclate
Dans une violence intra-familiale, le danger peut venir de quelqu’un qui connaît parfaitement le logement, les habitudes et les points faibles de la personne menacée. La protection ne peut donc pas être pensée comme face à un cambrioleur extérieur.
1. Comprendre quand la situation devient dangereuse
Une violence grave n’apparaît pas toujours sans signes préalables. Menaces, intimidation, destruction d’objets, contrôle, violences antérieures, étranglement, isolement, menaces de mort, accès à une arme, montée brutale de tension ou rapprochement physique agressif peuvent constituer des éléments qui doivent conduire à considérer la situation autrement.
L'objectif n'est pas de prédire exactement ce que fera l'autre. Il est de reconnaître son propre scénario d'escalade et de ne pas attendre que l'agression physique soit déjà engagée pour commencer à se mettre à distance.
2. Préparer une pièce refuge
Dans un logement partagé avec un conjoint ou un proche potentiellement violent, fortifier définitivement la maison comme une forteresse n'est pas toujours réaliste. La solution peut être une pièce ordinaire capable de devenir rapidement une pièce refuge.
Elle doit rester discrète au quotidien et pouvoir être utilisée sans attirer l'attention. Les équipements privilégiés sont donc amovibles, réversibles et rapides à mettre en place.
3. Constituer une réserve discrète
Une pièce refuge n'est utile que si elle permet de tenir quelques instants ou davantage sans devoir immédiatement ressortir.
- eau ;
- aliments pouvant être conservés longtemps ;
- médicaments indispensables ;
- téléphone et batterie externe ;
- lampe ;
- clés indispensables ;
- documents ou informations utiles ;
- nécessaire pour les enfants si nécessaire ;
- un petit sac de départ prêt à être emporté rapidement.
L'idée est simple : ne pas avoir à traverser le logement à la recherche de ce qui est indispensable au moment où la situation dégénère.
4. Préparer aussi une protection corporelle
Une protection physique portée sur soi peut constituer une couche supplémentaire de protection lorsque le risque d'agression au couteau est identifié. Elle ne remplace ni la distance, ni une issue, ni une pièce refuge.
Pour être réellement utile, elle doit surtout être discrète, portable et disponible. Une protection que l'on ne porte jamais au moment où elle pourrait être nécessaire ne constitue évidemment pas une protection effective.
Pour les vêtements de protection, il faut se référer aux normes, niveaux de performance et zones effectivement protégées. Une certification ne signifie pas une invulnérabilité.
5. Reconnaître les premières secondes de l'escalade
Chacun peut avoir un scénario différent. Pour certains, la séquence peut ressembler à :
L'intérêt de connaître cette séquence est de décider à quel moment on part vers la zone refuge. Plus la décision est prise tôt, plus il reste de possibilités.
6. Répéter le scénario
Sous stress, on ne raisonne pas toujours comme dans une situation calme. Un scénario préparé à l'avance réduit donc le nombre de décisions à prendre.
- Identifier les premiers signes connus.
- Prendre de la distance.
- Rejoindre la pièce refuge ou une autre zone sûre.
- Fermer et bloquer la porte si nécessaire.
- Créer du temps et de la distance avec les moyens disponibles.
- Rejoindre une issue dès qu'une possibilité sûre apparaît.
- Contacter les secours ou une personne de confiance.
Avec des enfants, le scénario doit être particulièrement simple : ils doivent savoir où aller et comprendre qu'ils ne doivent pas intervenir dans une confrontation entre adultes.
7. Prévoir plusieurs solutions, pas une seule
Une porte peut être inaccessible. Une fenêtre peut ne plus être utilisable. Le téléphone peut être hors de portée. Une pièce refuge peut devenir inaccessible.
Il faut donc raisonner en solutions de repli :
- une deuxième zone refuge ;
- une deuxième possibilité de sortie ;
- un lieu extérieur identifié ;
- une personne de confiance prévenue ;
- un sac de départ facilement récupérable.
8. Ralentir plutôt que combattre
L'objectif d'une protection domestique n'est pas nécessairement d'arrêter physiquement un agresseur. Ralentir sa progression peut déjà être extrêmement utile.
Une succession de portes, une séparation entre deux zones, un meuble qui constitue un obstacle, ou tout autre élément permettant de ne pas être immédiatement au contact peut créer une distance supplémentaire.
Même des moyens très simples peuvent être envisagés. Un sac de billes disponible dans la pièce refuge, par exemple, peut être utilisé pour perturber une progression dans une zone de passage et faire gagner quelques secondes. Le principe est celui-ci : chaque seconde gagnée peut permettre de fermer une porte, changer de direction ou atteindre une sortie.
9. Les bruits peuvent également créer une hésitation
Un bruit soudain ou évocateur peut détourner l'attention ou provoquer une hésitation. Dans cette logique, des sons préparés à l'avance peuvent faire partie des moyens disponibles : sirène de police, bruit de véhicule, bruit de présence, voix ou autre son inattendu.
Le but n'est pas de considérer un enregistrement comme une protection physique, mais de chercher à obtenir quelques secondes supplémentaires. Une hésitation peut suffire pour fermer une porte, se déplacer, atteindre une fenêtre ou demander de l'aide.
Un enregistrement audio ne peut évidemment pas blesser physiquement quelqu'un. Son intérêt éventuel réside uniquement dans l'effet de surprise, de distraction ou d'hésitation qu'un son peut produire. Son efficacité ne peut pas être garantie.
10. L'escalier et les zones de passage
Les zones de circulation sont particulièrement importantes à identifier : escalier, couloir, entrée, palier, pièces traversées pour rejoindre une sortie.
Le principe consiste à identifier à l'avance ce qui peut ralentir une progression sans empêcher la personne menacée de circuler elle-même : portes intermédiaires, billes sur le sol, obstacles mobiles, changement d'itinéraire ou accès à une autre zone.
Ce sont des mesures rudimentaires, mais elles répondent toutes au même objectif : ne pas laisser l'agresseur passer instantanément d'une pièce à l'autre.
11. Les dispositifs d'alerte : utiles, mais secondaires
Montres, applications, boutons SOS ou autres systèmes d'alerte peuvent faciliter le déclenchement d'une demande d'aide et accélérer l'intervention. Ils restent cependant dépendants de la possibilité de les déclencher et du délai nécessaire à l'intervention. Ils ne constituent pas une barrière physique entre la victime et l'agresseur.
12. Le principe à retenir
Une préparation efficace ne repose pas sur un objet miracle. Elle repose sur l'accumulation de petites solutions simples :
Le but n'est pas de gagner un combat. Le but est de gagner du temps.
Se protéger : une logique de préparation
La protection contre les violences intrafamiliales doit être pensée différemment d'une protection contre une intrusion extérieure. Le logement reste un lieu de vie partagé ; les solutions doivent donc pouvoir être discrètes, amovibles et immédiatement disponibles.
La pièce refuge, les moyens de ralentissement, les issues identifiées, les réserves essentielles, la préparation du départ et, lorsque cela correspond au risque identifié, une protection corporelle, constituent un ensemble cohérent.