FLOP #3 L’alarme de Monsieur Martin
L'alarme de Monsieur Martin
Il a installé une vraie alarme. Le problème, c'est qu'il a fini par ne plus l'écouter.
Monsieur Martin a installé une alarme.
Pas un gadget.
Une vraie installation, avec détecteurs, sirène et télésurveillance. Lorsqu'un événement est détecté, l'information remonte au centre de télésurveillance, qui applique la procédure prévue au contrat.
Monsieur Martin dort donc beaucoup mieux.
Enfin… les premières nuits.
Parce qu'un mardi à 2 h 17, l'alarme se déclenche.
Monsieur Martin se réveille.
Sa femme se réveille.
Le chien se réveille.
Même le voisin se réveille.
Le seul qui ne semble pas particulièrement inquiet, c'est le chat, qui continue tranquillement sa promenade dans le salon.
Quelques vérifications plus tard : fausse alerte. Tout le monde se recouche.
Trois jours après, rebelote. Cette fois, c'est une fenêtre mal fermée. Puis un détecteur qui déclenche sans raison apparente. Puis un autre événement.
Monsieur Martin commence à connaître le scénario.
Au bout de quelques semaines, la sirène est devenue un peu comme le voyant « réserve » de sa voiture : il sait qu'elle existe, mais il a appris à ne pas paniquer immédiatement.
Le voisin aussi.
Au début, il regardait par la fenêtre. Maintenant, il regarde l'heure.
« 2 h 17… C'est Martin. »
Et c'est là que notre brave Monsieur Martin devrait commencer à se méfier.
Pas de son alarme.
De son habituation à l'alarme.
Car une alarme a une mission très précise : détecter et signaler un événement. Dans un système de télésurveillance, certaines prévoient ensuite une levée de doute afin de déterminer la nature de l'événement avant de poursuivre la procédure prévue au contrat.
Tout cela est parfaitement logique.
Le problème apparaît lorsque les fausses alertes deviennent suffisamment fréquentes pour que tout le monde connaisse déjà la conclusion avant même d'avoir commencé la vérification.
« Ça doit encore être le chat. »
Le chat, d'ailleurs, commence à avoir une réputation détestable.
Et puis un soir, l'alarme sonne. Même sirène. Même maison. Même téléphone qui s'allume sur la table de nuit.
Monsieur Martin ouvre un œil. Il regarde l'heure.
2 h 17.
Il soupire. « Le chat. »
Sauf que cette fois, ce n'est pas le chat.
Une alarme qui déclenche trop souvent peut finir par banaliser ses propres alertes. L'alarme reste une protection utile. La levée de doute fait partie des procédures de certains dispositifs de télésurveillance.
Mais une question mérite d'être posée : que se passe-t-il si l'intrusion est réelle ?
Parce qu'entre la détection d'un événement et la résolution du problème, il existe toujours une chose très encombrante :
Le temps.
Et pendant ce temps-là, Monsieur Martin dort.
Laisser une alarme multiplier les fausses alertes jusqu'à ce que personne ne l'écoute plus.
Parce qu'une alarme que l'on a appris à ignorer ne protège plus grand-chose.