Bombe Lacrymogène : Efficace en cas d'agression ?

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Bombe Lacrymogène : Efficace en cas d'agression ?

Est-ce qu'une bombe lacrymogène est vraiment efficace comme arme d’autodéfense ?

Les arguments de vente  de la bombe lacrymogène : "le must en cas d’agression". "Une bombe lacrymogène reste la meilleure option d’autodéfense quand on se retrouve dans une situation désespérée face à plusieurs agresseurs"." Elle permet aussi de se défendre efficacement en cas d’effraction ou de cambriolage chez soi". "Il suffit simplement de choisir une bombe lacrymogène adaptée à sa défense et le tour est joué". "De plus, on peut avoir le choix entre un gel et un gaz".

Voilà schématiquement le type d’argument utilisé par les marchands pour continuer à vendre ce type d’accessoire d’autodéfense.

Mais est-elle réellement efficace en toute circonstance lors d’agressions, ou s’agit il simplement d’un placebo ?

 

 

Histoire de la bombe lacrymogène

Ses origines remontent à une histoire militaire ancienne. Les Chinois en brûlant de l'huile et du poivron rouge, le tout mélangé à un irritant nauséabond l'ont utilisé contre des soldats ennemis dès 311 avant JC. En 673 après JC Il lui a été donné le nom de « feu grec », lorsque les Byzantins ont brûlé du soufre, de la chaux vive et du poivre.

Ce précurseur de la bombe lacrymogène a été utilisé pour la première fois sur des catapultes en 1200 après JC et également dans la guerre civile américaine 1861-65


En 1973, ce produit avait été initialement fabriqué pour se protéger contre les chiens. Ce n'est que dans les années 90 que les forces de l'ordre ont commencé à remplacer leurs bidons par des bombes de spray sous pression, qui sont devenus simultanément populaires pour la sécurité personnelle depuis le début et le milieu de ces même années.

Les arguments pour justifier l’acquisition d’une bombe lacrymogène ?

Il y a tellement peu d’efficacité réelle qui justifie l’acquisition d’une bombe de gaz lacrymogène à titre d’autodéfense qu’un certain nombre d’arguments et de tutoriel de vidéos magiques ont dû été inventés pour essayer de justifier son achat.

L’argument de départ étant toujours de le même :

la bombe lacrymogène est l’accessoire pour les personnes qui ne veulent pas et/ou ne peuvent pas se préparer à l’autodéfense.


Ensuite l’argument classique qui consiste à jouer sur les peurs a fini le boulot :
- « Que cela soit chez soi ou à l’extérieur, le sentiment d’insécurité nous envahit. » ;
- « Avouons que les risques d’agression nous terrorisent. » ;
- « Pour être à l’abri du danger, il n’y a rien de tel que de se munir d’un équipement de ce type pour se protéger. »
- etc...


Les arguments fallacieux (c’est-à-dire sans preuve.) ne manquent jamais à l’appel :
- « La bombe lacrymogène fait partie des moyens les plus efficaces et des plus sûrs. ».
- « A la fois facile d’usage et pratique, cette bombe anti-agression vous permet de neutraliser l’adversaire en un rien de temps. »
- « Raison de plus pour se procurer une arme anti-agression, non pour tuer l’agresseur, mais pour le neutraliser, voire le paralyser, le temps de s’échapper de son emprise. » ;
- etc...


Sauf que force est de constater qu’en fin de chaque tutoriel vidéo vantant ses qualités, la liste des gestes à ne pas faire ou des situations ou cela ne fonctionne pas est tellement longue, que l’on en revient toujours au même. La bombe lacrymogène n’est pas l’accessoire « magique » d’autodéfense.

Efficacité de la bombe lacrymogène ?

À titre d'exemple de l'efficacité plus ou moins relative de la bombe lacrymogène lors d'une interpellation et de deux incidents entre automobilistes. Dans ces cas de figure, il ne semble pas vraiment y avoir de « paralysie instantanée et foudroyante" des belligérants.

 

 

 

 

 

 


Ce ne sont que des exemples sauf que cette inefficacité peut se retrouver dans de très nombreux autres cas de figure d’agression.

Inversement voici des exemples de sa redoutable efficacité.

 





Qu’est-ce qui a pu changer pour passer de notoirement inutile à efficace ? Un très grand nombre de paramètres ont varié :
- lieu ;
- distance entre les individus ;
- mouvement entre les individus ;
- violence de l’agression ;
- individu sous l’emprise alcoolique ou de stupéfiants ;
- etc.
L’objectif reste de simplement démontrer que cet accessoire n’est justement qu’un accessoire. Et surtout pas une solution définitive à tout type d’agression.

Bombe lacrymogène : ça marche ?

En général, une personne qui ne s’est pas préparée à son utilisation (c’est-à-dire un grand nombre d’acheteurs) n’osera pas franchir le pas le moment venu car tétanisée par la peur. À titre d’exemple et non de preuve, il est intéressant d’étudier le cas d'école que Michael Castleman a décrit dans son livre en 1981 (1), qui se rapproche de très près de la réalité de cette utilisation.

En coopération avec la chaîne de télévision américaine ABC, dans le comté de Ventura, en Californie, le département du shérif avait organisé une expérience unique pour tester l’efficacité de la bombe lacrymogène dans le cas de vol / agression envers des femmes. Les producteurs de la chaîne de télévision ont donc invité douze femmes de Los Angeles, qui portaient habituellement des bombes lacrymogènes sur elles à participer à une simulation réaliste d'agression de rue, avec des membres des forces de l’ordre jouant les assaillants.

Un scénario a été conçu :


- les femmes recevaient des sacs à provisions et il fallait imaginer qu'elles sortaient d'un supermarché et devaient rejoindre leurs véhicules.
- chacune portait sa bombe lacrymogène à laquelle elle était habituée;
- les femmes et les agresseurs étaient tous de taille et de corpulence moyenne ;
- dans certains cas, les femmes même étaient plus grandes que les agresseurs ;
- les femmes avaient la bombe de gaz lacrymogène dans la main, sans la sécurité ;
- elles savaient que quelque chose allait se passer, mais pas exactement quoi, ni quand.

Le scénario comportait des activités de diversion telles que des enfants qui jouent, des gens qui entrent dans un magasin, un homme qui change un pneu sur son véhicule, afin de créer un environnement dans lequel les femmes ne se contenteraient pas de vaporiser du gaz sur la première personne qui croiserait leur chemin. Puis un membre des forces de l’ordre se faisant passer pour un agresseur  tentait de saisir son sac à main ou de la pousser au sol.

Chaque femme a été attaquée quatre fois, pour un total de quarante-huit agressions simulées. L'expérience a été spécifiquement arrangée pour donner aux femmes beaucoup plus d'avantages qu'elles ne pourraient avoir lors d’une véritable agression (mise en scène, bombe lacrymogène dans leurs mains et non dans leur sac à main et elles savaient bien sûr qu'elles allaient devoir l'utiliser).

Résultats

Même si elles savaient qu'elles allaient être attaquées, aucune des femmes n'a réussi à arrêté les membres de forces de l’ordre qui jouaient les agresseurs. Le lieutenant responsable de l’expérience a déclaré que les femmes étaient au préalable absolument convaincues que la bombe lacrymogène fonctionnerait. Les marchands avaient dit aux femmes que cela stopperait instantanément tout agresseur. Avant le début de l’expérience, les femmes étaient extrêmement sûres d’elles et ont même été décrites comme particulièrement arrogantes. Une des participantes ayant même déclaré : « Nous allons vous torcher les gars ! ». Après le test, elles étaient proportionnellement toutes bouleversées en constatant l’inefficacité de la bombe lacrymogène et qu’elles semblaient réellement avoir été manoeuvrées sauf que :
- même avec la bombe de gaz lacrymogène en main, les femmes n’ont réussi à touché les agresseurs que dans moins de 20 % des cas et rarement au visage ;
- dans les quelques cas où les agresseurs ont été aspergés au visage, le jet ne les a pas arrêtés ;
- la prétention des fabricants à une « incapacité immédiate » ne s’est tout simplement pas vérifié ;
- un agresseur sur cinq qui a été touché au visage a ressenti des effets néfastes, mais seulement après une minute environ, ce qui n'aurait pas pu mettre fin à un véritable assaut.

Date de péremption ?

Pour couronner le tout certains marchands vont même jusqu’à affirmer qu’une bombe lacrymogène n'a pas de date de péremption. Mais que cependant elles ont une date limite de consommation conseillée d'une durée de 18 mois à 24 mois. Et que pour s’assurer de l’efficacité d’une bombe lacrymogène, il est quand même préférable de renouveler celle-ci tous les 2 ans. Mauvaise foi ? Non, pensez-vous ! En effet, la pression à l’intérieur de l’aérosol s’amoindrit avec le temps. Une bombe lacrymogène dont la date de péremption est dépassée à de forte probabilité de perdre l’efficacité de projection du jet et n’a plus aucune portée. Donc elle se révélera tout à fait inutile. Combien de personnes transportent des bombes lacrymogènes dont la date d’efficacité est dépassée ? Beaucoup ? Sûrement.

Les inconvénients et les avantages de la bombe lacrymogène

Les inconvénients


- La croyance populaire sur l’efficacité absolue de cet accessoire ;
- L'excès de confiance et de prise de risque dus à ces croyances ;
- non-utilisable sans entraînement (certaines marque offrent un outil d'entraînement pour s’habituer à utiliser la bombe lacrymogène, sans utiliser le produit réel) ;
- manque de précision ;
- dois être correctement orientée, ce qui nécessite du temps et de la précision lorsqu'elle est utilisée ;
- l’agresseur doit se trouver à bonne portée de la bombe aérosol ;
- rarement d’étui /holster qui permettrait d’augmenter la rapidité d’utilisation ;
- interdiction de port et de transport sur soi en tant que civil en France (2) ;
- possibilité de se retourner contre son utilisateur (un lieu clos, saisi par l’agresseur…) ;
- si vous l’utilisez en préventif vous n’êtes absolument pas dans le cadre de la légitime défense puisque vous devenez vous même l'assaillant;
- plutôt utilisé comme menace, qu’à but réel, par peur de s’en servir.

Les avantages

- pour certains corps de métier spécifique comme taxi, pour les professionnels du maintien de l’ordre et de la sécurité privé, elle reste et restera toujours indispensable ;
- pour les civils si ce n’est dans les cas spécifiques de car-jacking et d'altercations routières et à condition d'être dans le véhicule, cela reste beaucoup plus aléatoire.

Conclusion

Toutes les personnes ayant réellement connu la violence, l’impitoyable rugosité de l’authenticité d’une agression et qui transmettent avec sagesse cette expérience du réel ne conseilleront qu’une seule chose : éviter le conflit. L’évitement quand il possible reste le meilleur moyen de gagner un combat. Même si l’ego est touché ardemment, la première étape doit impérativement toujours être de voir s’il est possible d’éviter d’entrer dans un combat physique. Il n’y a jamais rien à prouver et surtout pas que vous êtes capable de vous battre. Ces stratégies, attitudes et le langage utilisé pour tenter de gérer cette étape s’apprennent et nécessite des connaissances spécifiques, et de l’entraînement. Accaparer ses pensées à :
- savoir si vous allez avoir le temps d’aller chercher au fond de votre sac votre lacrymogène ?
- est ce que je vais l’utiliser ?
- quand l’utiliser ?
- etc.
Toutes ces questions sont une perte de temps et de concentration pour visualiser correctement son environnement, pour gérer la distance avec son potentiel agresseur... Cette phase peut durer de quelques secondes à plusieurs minutes. Par contre, à partir d’un certain stade, il ne peut plus y avoir de marche arrière possible. Et à ce moment-là, quand tous les recours diplomatiques et pacifiques ont été épuisés et qu'il ne reste plus aucune solution raisonnable, on peut se déterminer à utiliser la force pour se protéger ou protéger autrui.

Partant du postulat que la plupart des femmes du test de l’expérience décrite par Michael Castleman (1) ont complètement raté leur défense. Qu’un agresseur moyen peut couvrir environ 2 mètres en moins d'une seconde. Cela ne donne donc pas toujours le temps de viser, d’appuyer et encore moins de stopper l'agresseur avec la solution contaminante. Que tout le monde n'est pas affecté et que les agents chimiques affectent chacun différemment. Si vous rajoutez à cela la liste des inconvénients. Ce n'est semble t’il malheureusement pas ce que les fabricants et les marchands voudraient pourtant vous faire croire.

Au milieu des années 1990, un policier a été tué parce qu'il a été amené à croire, par ces mêmes fabricants, que le gaz poivré fonctionnerait pour tout le monde. Alors que l’agent se dirigeait vers la maison afin de répondre à l'appel qui lui avait été envoyé. Il a été confronté à un criminel violent qui venait de sortir de sa maison après avoir battu sa femme. L'officier a aspergé le criminel de sa bombe lacrymogène au poivre à plusieurs reprises. L'agent a été mentalement distrait et surpris lorsqu’il s’est aperçus que le gaz n’avait aucun effet sur l’individu. Après tout, on lui a dit que ça marcherait ! Il s'est appuyé sur ce qu'on lui avait dit au lieu d'utiliser une autre option. Le criminel a saisi l'agent et l'a battu à mort. L'officier est décédé avec la bombe lacrymogène au poivre toujours à la main (3).

À vous de vous faire votre jugement.
LG

Sources

(1) « Crime Free. Stop your changes of breing robbed, raped, mugged or burglarized by 90 percent. » Michael Castleman
(2) Code de la sécurité intérieure : articles L311-2 à L311-4
Code de la sécurité intérieure : articles R311-2 à R311-4-1
Code de la sécurité intérieure : articles R315-1 à R315-4
Code de la sécurité intérieure : articles R317-11 à R317-12
Arrêté du 30 août 2013 pris en application des articles L. 317-8, L. 317-9 et R. 317-11 du code de la sécurité intérieure
(3) http://www.britannica.com/EBchecked/topic/585270/tear-gas
http://berkeleysciencereview.com/what-is-the-difference-between-pepper-spray-and-tear-gas/

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