Encore une banque qui ferme privant ses clients de leur accès à leur argent
Paraguay : la Banque centrale ferme Ueno Bank, près de 3 millions de clients privés d’accès à leur argent
Le 3 novembre 2026, la Banque centrale du Paraguay a pris le contrôle de Ueno Bank, l’un des principaux établissements bancaires du pays. Motif : une situation financière devenue critique, avec un ratio de solvabilité tombé sous la moitié du minimum réglementaire. L’intervention a entraîné la suspension des services bancaires et privé des millions de clients de l’accès à leurs comptes. Une crise qui dépasse largement le sort d’une banque : elle touche les particuliers, les entreprises et même les fonds publics destinés notamment aux retraites.
Une banque de près de 3 millions de clients mise à l’arrêt
Les 2 et 3 novembre 2026, le Paraguay a connu un événement bancaire majeur.
Le conseil d’administration de la Banque centrale du Paraguay (BCP) a décidé à l’unanimité, le 2 novembre, d’engager une procédure de résolution à l’encontre de Ueno Bank. La décision a été rendue publique le lendemain.
La raison invoquée par le régulateur est particulièrement grave : après des ajustements apportés aux états financiers de l’établissement dans le cadre d’une procédure de régularisation, son indicateur de solvabilité est tombé sous les 50 % du minimum légal exigé.
Autrement dit, les autorités ont constaté une insuffisance majeure des fonds propres de la banque au regard des exigences réglementaires.
Ueno Bank revendiquait environ 2,9 à 3 millions de clients. Cela représente une part considérable de la population adulte paraguayenne.
La décision de la Banque centrale a immédiatement entraîné l’arrêt des services de l’établissement : application mobile, cartes bancaires, virements et opérations courantes.
Pour les clients, la conséquence a été immédiate : ils ne pouvaient plus utiliser normalement leur compte bancaire.
Des particuliers privés de leur argent au quotidien
C’est la conséquence la plus concrète de cette intervention.
Les clients de Ueno Bank se sont retrouvés dans l’impossibilité d’effectuer leurs opérations habituelles :
- Retirer de l’argent depuis les services de la banque.
- Effectuer des virements.
- Régler des achats avec leurs cartes bancaires.
- Accéder à leurs comptes par l’application mobile.
- Utiliser normalement les services de paiement associés à leur établissement.
Des clients se sont présentés devant les agences pour obtenir des explications sur leurs économies.
Il faut bien comprendre la situation : les sommes figurant sur les comptes n’ont pas nécessairement disparu, mais leur disponibilité a été interrompue par la procédure de résolution.
Pour un particulier qui utilise son compte comme unique réserve de liquidités, les conséquences peuvent être immédiates : difficultés à payer les courses, le carburant, les factures ou les dépenses urgentes.
Pour un commerçant ou un professionnel, l’impossibilité d’accéder à sa trésorerie peut également perturber le règlement des fournisseurs, les paiements courants et le fonctionnement de son activité.
La crise met ainsi en évidence une dépendance très concrète : lorsque l’accès aux moyens de paiement et aux dépôts bancaires est interrompu, même temporairement, les conséquences dépassent largement le secteur financier.
Combien les clients vont-ils récupérer ?
Le Paraguay dispose d’un Fonds de garantie des dépôts.
La réglementation prévoit une couverture maximale de 75 salaires minimums mensuels, soit 228,3 millions de guaranis par déposant et par établissement bancaire.
Ce montant correspond à environ 38 000 dollars américains.
Selon les informations communiquées par la Banque centrale, cette garantie permettrait de couvrir environ 97 % des déposants.
Mais cette protection ne signifie pas que chaque client récupère immédiatement l’intégralité de son argent.
Le 3 novembre, les autorités ont annoncé un premier versement pouvant atteindre 10 millions de guaranis, soit environ 1 565 dollars.
Le 5 novembre, la Banque centrale a précisé les conditions de cette première phase de remboursement :
- Le client doit détenir au maximum 10 millions de guaranis de dépôts.
- Il ne doit pas avoir de dettes envers Ueno Bank.
- Il doit disposer d’un compte dans une autre banque ou institution financière du Paraguay pour recevoir les fonds.
Les premiers paiements ont commencé le 5 novembre.
Pour les clients dont les dépôts dépassent 10 millions de guaranis, le remboursement doit suivre les étapes ultérieures annoncées par les autorités.
La garantie maximale reste fixée à 228,3 millions de guaranis. Les sommes supérieures à ce plafond ne bénéficient pas de cette couverture et leur récupération dépendra de la procédure de résolution et de la situation patrimoniale de la banque.
Autre point important : la garantie est calculée par déposant et par établissement, et non par compte bancaire. Multiplier les comptes dans la même banque ne permet donc pas de multiplier la couverture.
Plus de 800 millions de dollars de fonds publics concernés
L’affaire prend une dimension supplémentaire avec l’exposition des organismes publics.
Ueno Bank gérait entre 800 et 850 millions de dollars de fonds publics, selon les informations rapportées par la presse internationale.
Parmi ces sommes figureraient environ 380 millions de dollars appartenant à l’Instituto de Previsión Social (IPS), l’organisme paraguayen chargé notamment de la protection sociale et des retraites.
Ces montants représentent un enjeu majeur pour les finances publiques.
Il ne s’agit pas seulement de l’épargne de particuliers : des fonds liés au financement de prestations sociales et de pensions sont également concernés par la situation de l’établissement.
Le gel des actifs et des passifs de la banque impose désormais aux autorités de déterminer précisément les sommes disponibles, les créances et les obligations de l’établissement.
La question de la récupération de ces fonds publics devient donc un enjeu politique et financier de premier plan.
Des soupçons sur les pratiques de gestion de la banque
L’intervention ne se limite pas à un simple problème de liquidités.
Les autorités ont également soulevé des interrogations concernant des prêts accordés à des entreprises liées aux propriétaires du groupe bancaire.
Des soupçons de pratiques irrégulières ont conduit les autorités judiciaires à engager des investigations visant des dirigeants et responsables de l’établissement.
La gestion de Ueno Bank, sa croissance rapide et ses relations avec certains intérêts économiques et publics sont désormais au cœur de la controverse.
La crise a également pris une dimension politique : les relations passées entre l’entourage du pouvoir et les propriétaires du groupe bancaire ont alimenté les critiques sur la surveillance de l’établissement et les conditions dans lesquelles il a pu se développer.
Ce que cette affaire change pour les déposants
L’affaire Ueno Bank rappelle une réalité souvent négligée : posséder de l’argent sur un compte bancaire et pouvoir en disposer immédiatement sont deux choses différentes.
La garantie des dépôts constitue une protection importante contre la défaillance d’un établissement financier. Mais elle ne garantit ni un accès permanent aux fonds, ni un remboursement instantané de la totalité des sommes détenues.
Dans le cas paraguayen, les clients ont découvert concrètement plusieurs limites :
- La suspension d’une banque peut interrompre simultanément l’accès à l’application, aux cartes et aux virements.
- Les sommes garanties peuvent nécessiter une procédure de remboursement.
- Les premiers versements sont soumis à des conditions précises.
- Les dépôts dépassant le plafond légal présentent un risque de récupération supplémentaire.
- Les personnes qui ne disposent d’aucun autre compte bancaire peuvent rencontrer des difficultés pratiques pour recevoir les remboursements.
Pour les particuliers, la question n’est donc pas uniquement de savoir si leur banque est solide. Elle est aussi de savoir comment faire face à une interruption soudaine de l’accès à leurs moyens de paiement et à leur épargne disponible.
L’affaire Ueno Bank constitue un exemple concret de la vulnérabilité que peut représenter une dépendance totale à un seul établissement bancaire.
Faire confiance ne signifie pas renoncer à toute autonomie
Nous confions notre argent à une banque pour le gérer, le transférer et le rendre disponible. Mais toute notre organisation quotidienne devient fragile si elle repose sur un accès unique, que nous ne maîtrisons pas.
Prévoir une réserve physique, ce n’est pas annoncer l’effondrement du système bancaire. C’est refuser qu’un blocage extérieur suffise à nous priver de toute capacité d’action. La confiance et la précaution ne s’opposent pas : on peut utiliser les services d’une banque tout en conservant chez soi de quoi faire face à une interruption.
Cette autonomie impose une responsabilité : ce que vous gardez directement sous votre contrôle, vous devez aussi le protéger contre le vol et les accès indésirables. C’est là que la sécurité financière rejoint la sécurité du domicile.
La confiance n’exclut pas la précaution. Elle ne doit pas remplacer votre capacité d’action.
Du liquide chez soi : une nécessité, à condition de le protéger
Conserver une réserve d’argent liquide à la maison est une nécessité absolue pour qui veut pouvoir régler ses dépenses essentielles lorsque l’accès à ses comptes ou aux paiements électroniques est interrompu. Cette réserve doit rester disponible sans dépendre du fonctionnement d’une application, d’une carte ou d’un distributeur. Mais la laisser dans un tiroir ou une cachette évidente revient à l’exposer au vol. Elle doit être protégée dans un coffre-fort dissimulé, intégré discrètement au logement, ou répartie entre plusieurs coffres dissimulés pour ne pas concentrer toute la réserve au même endroit. La dissimulation vise à rendre les coffres plus difficiles à repérer ; elle doit s’accompagner d’une résistance et d’une fixation adaptées aux valeurs conservées. L’objectif est simple : garder une réserve immédiatement accessible pour vous, sans la rendre facilement accessible à un cambrioleur.