JOURNAL DE LA SÉCURITÉ – Hors-Série Psychologie N°9 : « Moi, je me défendrai. » Pourquoi notre cerveau nous fait croire que nous sommes prêts
« Moi, je me défendrai. »
Pourquoi notre cerveau nous fait souvent croire que nous sommes prêts
Chaque fois que nous publions un article sur une agression au couteau, les réactions sont souvent les mêmes.
« Moi, je verrais le danger arriver. » « Je sortirais immédiatement ma bombe lacrymoègne. » « Un gilet anti-couteau ? C’est pour les peureux. » « Moi, je ne paniquerais pas. »
Ces affirmations sont compréhensibles. Elles traduisent une conviction profonde : nous pensons presque tous que nous réagirons mieux que les autres. Le problème est que la science raconte une histoire bien différente.
Le cerveau est naturellement trop optimiste
Les psychologues parlent d’un phénomène appelé biais de surconfiance (overconfidence bias). Dans de nombreuses études, la majorité des personnes pensent être :
- de meilleurs conducteurs que la moyenne ;
- plus prudents que la moyenne ;
- plus compétents que la moyenne ;
- plus capables de gérer une situation d’urgence.
Pourtant, statistiquement, cela est impossible. Notre cerveau surestime régulièrement ses propres capacités. Cette illusion est rassurante. Mais elle peut devenir dangereuse lorsqu’il s’agit de violence réelle.
Nous pensons presque tous que nous réagirons mieux que les autres. La science montre que c’est rarement le cas.
« Je sortirai mon spray »
C’est probablement la phrase que l’on entend le plus souvent. Pourtant, avant même d’utiliser une bombe lacrymoègne ou un autre moyen de défense, plusieurs conditions doivent être réunies. Il faut :
- avoir identifié le danger suffisamment tôt ;
- comprendre immédiatement qu’il s’agit d’une véritable agression ;
- décider d’agir ;
- retrouver son matériel ;
- le sortir ;
- le tenir correctement ;
- viser ;
- agir avant que l’agresseur ne soit déjà au contact.
Tout cela doit parfois se produire en quelques secondes. Sous un stress intense, ces étapes deviennent beaucoup plus difficiles que ce que nous imaginons confortablement installés devant notre écran.
Nous imaginons souvent la scène… comme un spectateur
Lorsque nous pensons à une agression, notre cerveau construit un scénario. Nous nous voyons agir. Nous nous voyons réagir. Nous nous voyons gagner. Mais cette scène est créée dans un environnement calme : sans surprise, sans douleur, sans adrénaline, sans confusion.
Or une agression réelle ressemble rarement à cette représentation mentale.
Le stress change complètement notre cerveau
Lorsqu’une menace est perçue, l’organisme libère rapidement de l’adrénaline et d’autres hormones du stress. Ces réactions peuvent être utiles pour survivre, mais elles s’accompagnent aussi de limites bien connues :
- diminution de la motricité fine ;
- vision tunnel ;
- rétrécissement de l’attention ;
- difficultés à analyser plusieurs informations simultanément ;
- altération de certaines capacités de décision.
Ce ne sont pas des signes de faiblesse. C’est simplement la façon dont le cerveau humain fonctionne.
Les professionnels le savent
C’est d’ailleurs pour cette raison que les policiers, les militaires ou de nombreux professionnels de la sécurité ne misent jamais uniquement sur leur capacité à réagir. Ils s’entraînent. Ils répètent les gestes. Ils utilisent des procédures. Et surtout, ils ajoutent souvent des protections passives lorsque le risque le justifie.
Non pas parce qu’ils manqueraient de courage. Mais parce qu’ils connaissent les limites du cerveau humain sous stress.
La préparation vaut mieux que l’improvisation
Imaginer ce que l’on ferait n’est pas la même chose qu’être capable de le faire dans une situation réelle. La véritable préparation consiste à accepter une réalité simple : nous ne contrôlerons jamais totalement :
- l’effet de surprise ;
- la vitesse de l’agression ;
- notre réaction physiologique ;
- le comportement de l’agresseur.
En revanche, nous pouvons réduire certains risques en préparant notre environnement, nos habitudes et, lorsque cela est pertinent, notre équipement.
La plus grande erreur n’est pas de manquer de courage. C’est de croire que le courage suffira toujours.
Décryptage du Journal de la Sécurité. Les neurosciences nous rappellent une vérité parfois inconfortable : nous avons naturellement tendance à surestimer notre capacité à réagir face au danger. Reconnaître cette limite n’est pas un aveu de faiblesse. C’est au contraire le premier pas vers une préparation plus lucide.
- nous surestiméons nos réflexes ;
- nous imaginons la scène à froid ;
- nous sous-estimons l’effet du stress ;
- nous oublions que les professionnels, eux, ne comptent pas uniquement sur leur réactivité.
La meilleure protection n’est pas celle que l’on espère utiliser au bon moment. C’est celle qui continue de vous protéger lorsque vous n’avez plus le temps de décider.
Cas réels — ce ne sont pas des cas théoriques
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