Q & R #1
Face à une agression, que fait vraiment notre cerveau ?
On entend souvent parler du « cerveau reptilien », du « cerveau émotionnel » et du « cerveau rationnel ». Est-ce que, lorsqu'on se fait agresser, notre cerveau reptilien prend le contrôle ?
Pas exactement.
Le « cerveau reptilien » est une vieille représentation, utile pour vulgariser certaines réactions, mais elle ne correspond pas réellement à l'organisation du cerveau humain.
En revanche, il existe bien une chose très réelle : face à une menace, notre organisme peut déclencher des réactions extrêmement rapides, avant même que nous ayons consciemment analysé la situation.
Vous voyez un objet arriver vers votre visage : vous vous baissez. Vous entendez un bruit violent derrière vous : vous sursautez. Quelqu'un vous saisit brutalement : votre corps réagit.
Vous n'avez pas organisé une réunion avec votre cortex préfrontal pour décider de la stratégie. Le système nerveux a déjà commencé à agir.
Donc notre cerveau peut agir avant que nous ayons compris ce qui se passe ?
Oui. Et c'est fondamental pour comprendre le comportement humain face au danger.
Notre cerveau reçoit constamment énormément d'informations. Dans une situation urgente, certaines informations doivent être traitées extrêmement rapidement.
Imaginez qu'une voiture fonce vers vous. Vous n'allez pas commencer par vous demander :
« Quelle est exactement la marque de cette voiture ? Quelle est sa vitesse ? Quelle est sa trajectoire ? Quelles sont mes différentes options ? »
Vous allez probablement vous écarter. La survie privilégie parfois la vitesse de réaction à la sophistication de l'analyse.
Mais alors, pourquoi dit-on souvent : « Dans une situation dangereuse, il faut garder son sang-froid » ?
Parce que c'est effectivement souhaitable. Mais il y a une différence entre souhaiter rester calme et être capable de rester parfaitement calme lorsqu'un couteau apparaît à trente centimètres de votre visage.
À froid, nous sommes tous extrêmement intelligents. À chaud, les choses peuvent devenir très différentes.
Le stress aigu peut perturber l'attention, la mémoire de travail, la perception du temps et notre capacité à envisager plusieurs options simultanément. C'est pourquoi certaines personnes prennent des décisions très différentes de celles qu'elles pensaient prendre.
Vous êtes en train de dire que quelqu'un peut savoir exactement ce qu'il devrait faire et être incapable de le faire ?
Absolument. Et c'est quelque chose qu'il faut arrêter de juger trop facilement.
On entend parfois :
« Moi, si quelqu'un sort un couteau, je lui casse le bras. »
Très bien. Mais personne ne sait réellement comment son organisme réagira avant d'avoir été confronté à une situation comparable.
Certaines personnes vont fuir. D'autres vont se défendre. Certaines vont rester immobiles. D'autres vont crier. Et certaines vont avoir une réaction qui leur semblera complètement irrationnelle après coup.
La fameuse sidération ?
Oui. Le freeze, ou état de sidération, est une réaction possible face à une menace. Et c'est probablement l'une des réactions les plus mal comprises.
Une personne peut voir le danger, savoir qu'elle devrait bouger et pourtant rester momentanément paralysée. Ce n'est pas nécessairement de la lâcheté. Ce n'est pas nécessairement un manque de volonté. C'est une réaction du système nerveux face à une menace importante.
Donc il n'y a pas seulement « fight or flight » ?
Non. C'est beaucoup plus complexe. On parle souvent de fight or flight, combattre ou fuir. Mais il existe également le freeze, et d'autres réponses comportementales possibles visant à réduire ou interrompre la menace.
Et surtout, les réactions humaines ne sont pas des boutons : FUIR / COMBATTRE / SE FIGER. Une personne peut hésiter, reculer, parler, tenter de calmer la situation puis fuir. Tout peut se produire très rapidement.
Mais pourquoi certains deviennent agressifs alors que d'autres paniquent ?
Parce que nous ne sommes pas des machines identiques. La réaction dépend notamment de la situation, de la perception de la menace, de l'expérience, du contexte, de l'état physique et émotionnel de la personne.
Et il y a un élément important : la colère peut parfois masquer la peur. Une personne peut avoir peur et devenir agressive. Une autre peut avoir peur et chercher à s'échapper. Une troisième peut être sidérée. Il ne faut donc pas imaginer qu'il existe une réaction « normale » unique.
Et l'adrénaline ? Est-ce qu'elle nous rend plus forts ?
Elle prépare effectivement l'organisme à l'action. Le rythme cardiaque augmente. La respiration change. Le débit sanguin est redistribué. Les muscles sont mobilisés. L'attention se focalise. On peut ressentir une énergie considérable.
Mais il y a un revers. Plus d'activation ne signifie pas nécessairement plus de précision. Vous pouvez être extrêmement énergique et beaucoup moins capable d'effectuer une tâche fine ou complexe. C'est très important lorsqu'on imagine une situation d'agression.
Donc les gestes très techniques qu'on voit dans certaines vidéos de self-défense ne sont pas forcément aussi faciles à reproduire dans la réalité ?
Voilà. À l'entraînement, dans un environnement contrôlé, avec un partenaire coopératif, on peut réaliser une séquence extrêmement propre.
Dans la réalité, vous avez :
- la surprise ;
- le stress ;
- le mouvement ;
- la peur ;
- le bruit ;
- la mauvaise visibilité ;
- éventuellement plusieurs personnes ;
- un sol qui peut être glissant ;
- et surtout, un adversaire qui ne coopère absolument pas.
Le problème n'est donc pas seulement :
« Est-ce que je connais cette technique ? »
La vraie question est : « Est-ce que mon cerveau et mon corps seront capables de l'exécuter dans ces conditions ? »
Donc il faudrait s'entraîner sous stress ?
Dans certaines disciplines, oui, une partie de l'entraînement consiste justement à introduire progressivement du stress, de la pression et de l'incertitude. Mais il faut rester prudent.
L'objectif n'est pas de se transformer en héros de film d'action. L'objectif est de rendre certaines décisions plus accessibles lorsque le cerveau est sous pression.
Par exemple : « Je crée de la distance. » « Je cherche une sortie. » « Je me mets à l'abri. » « J'appelle les secours. » Ce sont des choses beaucoup plus simples à exécuter sous stress qu'une chorégraphie de quinze mouvements.
Vous êtes donc plutôt partisan de la fuite ?
Je suis partisan de la survie.
Si je peux éviter la confrontation, je l'évite. Si je peux créer de la distance, je crée de la distance. Si je peux sortir, je sors. Si je peux me mettre à l'abri, je me mets à l'abri.
Une agression n'est pas un concours. Le but n'est pas de gagner. Le but est de rentrer chez soi.
Mais si on ne peut pas fuir ?
Alors la situation change. Et c'est précisément là que les équipements de protection peuvent avoir leur intérêt.
Un vêtement de protection ne rend pas invulnérable. Il ne remplace ni la vigilance, ni l'évitement, ni la fuite. Il constitue une couche supplémentaire de protection lorsqu'une personne n'a pas réussi à éviter le contact ou lorsque la situation devient physique.
C'est une logique comparable à celle d'une ceinture de sécurité. On ne met pas sa ceinture parce qu'on prévoit d'avoir un accident. On la met parce qu'on sait qu'on ne contrôle pas tout.
Donc finalement, le problème commence avant même l'agression ?
Exactement. La préparation ne consiste pas uniquement à apprendre à se battre. Elle commence beaucoup plus tôt.
Observer. Anticiper. Éviter. Garder une distance. Identifier une sortie. Savoir où se mettre à l'abri. Et éventuellement disposer d'une protection adaptée.
Parce qu'au moment où l'agression commence, il est trop tard pour apprendre comment fonctionne son cerveau.
Une dernière question. Si vous deviez résumer ce qui se passe dans notre tête en une seule phrase ?
« Face au danger, notre cerveau ne cherche pas d'abord la meilleure réponse. Il cherche d'abord une réponse suffisamment rapide pour nous maintenir en vie. »
Et c'est précisément pour cela que la préparation est importante. Parce que la meilleure décision à prendre sous stress est souvent celle que l'on avait déjà préparée à froid.
C.B — Expert en Protection Rapprochée